A Beijing, il y a un réseau de bus très développé. Les lignes sont innombrables et s’étalent dans toute l’immensité de cette capitale de 16 millions d’habitants.
Quelque soit le plan que l’on regarde, il est impossible pour un étranger de suivre le parcours des bus. Il n’y a qu’aux arrêts, où l’on trouvera la liste des points desservis par la ligne ; liste qui est évidement uniquement en chinois à l’exception de premier et dernier arrêts de chaque ligne. La communication va alors bon train entre les ? longs nez ? et les chinois, les uns essayant de demander aux autres quel est le bon numéro de bus à prendre pour se rendre à tel endroit, et les autres répondant sans doute que c’est très simple, qu’il suffit de faire ceci ou cela…
Une fois qu’avec les conseils avisés des locaux vous avez choisis un numéro de bus, attendait le patiemment. Certaine ligne ont des bus qui passent toute les deux minutes, d’autres tous les quarts d’heure. Vous n’avez pas choisi la ligne la plus fréquentée, dommage. Attendez donc quelques minutes de plus en regardant trois numéros 175 passer devant vous !
Quand votre bus se présentera enfin, ne soyer pas trop effrayé par cette chose qui fonce vers le trottoir avec à travers le grand pare brise qui fait front et qui semble une énorme bouche ouverte, ou la masse noire et compacte des personnes qui ont déjà étéengloutis par ce vers géant. D’ailleurs vous seriez le seul effrayé car ici, toutes les personnes qui attendent savent que le vers est assez agile pour passer de la voie centrale au bord du trottoir en s’y rangeant presque bien en très peu d’espace, et tout les cyclistes et motocyclistes qui longe la route, connaissant bien les dangers de la ville, savent bien qu’ils risquent de recevoir un coup du flan ou de la queue de la bête à chaque point d’alimentation.
Si vous arrivez à pénétrer à l’intérieur de la masse compacte que forment tout les corps déjà entasser dans le bus, prenez le temps en vous acquittant de votre Yuan que vous co?tera votre trajet quel qu’il soit, de redemander au caissier si le bus s’arrête bien là où vous souhaitez aller. Cela confirmé, il est aussi possible de lui demander de vous informer ou réveiller quand le bus arrivera à votre destination.
S’ensuit alors une longue ballade en berceuse durant laquelle vous serez ballotté, comprimé, parfois bousculé, rarement assis. De temps en temps un petit vieux se fraye un passage au milieu de cette dense foule en l?chant des petits cris de douleurs sans que rien ne lui arrive, mais juste pour que l’on fasse un peu attention à lui. Ou encore une grosse dame entre dans le bus avec une merveilleuse gerbe de fleurs qu’elle défendra co?te que co?te contre toute les bousculade durant le trajet.
Cunni est chauffeur sur la ligne 110. Elle sillonne la capitale toute la journée à bord de son bus articulé. Cela fait maintenant plusieurs années qu’elle fait ce métier et la circulation aux heures de pointe n’à plus de secret pour elle. Au démarrage elle sait faire hurler sa bête comme tout les autres chauffeurs et bien que son véhicule ne soit plus tout jeune, il obéit parfaitement aux commandes.
Cunni sait presque à quoi servent chacun des boutons du tableau de bord. Il y a les deux boutons qui autorisent le caissier à ouvrir les portes, l’interrupteur qui allume les yeux avant et arrière pour le matin et le soir, l’interrupteur à trois positions qui permet de signaler un changement de direction, et puis bien s?r il y a le gros bouton du klaxon, qui est le plus gros parce que c’est celui dont on se sert le plus. Il y en a bien quelques autres encore, mais ils ne servent à rien, c’est l’instructeur qui lui a dit. Cunni est très fière de l’interrupteur à trois positions. Elle a demandé à son ami qui travaille à l’atelier de lui rapprocher du volant, ainsi malgré sa petite taille, elle peut s’en servir quand elle y pense.
Quand Cunni croise un autre bus de la ligne 110, elle salue rarement l’autre chauffeur. Ils sont si nombreux sur la ligne qu’ils ne se connaissent pas tous. Et puis Cunni a bien assez à faire avec tout ce qui roule dans le même sens qu’elle pour en plus s’occuper des voies d’en face. C’est qu’il faut savoir slalomer au milieu des piétons, deux roues, taxis, voitures et bagnoles tout cela avec un bus de vingt-quatre mètres de longs.
Tenez, regardez ce groupe de jeune qui traverse alors que l’agent tente de leur barrer le passage avec son petit fanion rouge. Pourtant la municipalité a aussi installée des feux de partout pour éduquer la population. Mais rien n’y fait. Seules les barrières sont efficaces contre ces piétons qui veulent traverser n’importe où et n’importe quand.
Et là, cette espèce de nantis avec sa grosse voiture. Que crois t’il ? Cunni ne cèdera pas sa place dans cette longue file qui s’étire sur plusieurs kilomètres du boulevard. Il a beau essayer d’avancer et de coincer l’angle de sa grosse voiture devant le pare-choc de Cunni, cette dernière faisant preuve d’une grande souplesse à l’accélération, ne cède pas le moindre centimètre à la voiture allemande. Et c’est pour ainsi dire collé qu’est son pare-choc contre celui de la voiture qui la précède, anticipant les démarrages de celle-ci pour éviter toute intrusion dans sa file.
Un feu rouge arrête tout le monde. Le bus de Cunni est en première ligne, la voiture allemande aussi. Tout au long de l’attente, Cunni fait mine de rien, elle regarde passer les autres véhicules qui croisent le boulevard, répondant à quelques questions sans même se retourner. En fait elle attend avec rage et impatience le feu vert. Impatience car elle ne veut absolument pas céder sa place à l’allemande et rage parce qu’elle sait que les chauffeurs venant de sa gauche, vont essayer de traverser le carrefour même une fois l’autre c?té plein et qu’elle risque de se retrouver coincée par un véhicule.
Cela ne manque pas.
Le feu passe au vert, Cunni donne un grand coup d’accélérateur faisant sortir de ses rêveries le chauffeur de la voiture rivale lui rappelant qu’il risque de rester encore longtemps à c?té du bus plut?t que devant. Mais peine perdue. Une voiture bouche bel et bien la voie du bus et comme la voiture allemande, plus légère, est déjà à c?té de Cunni, elle ne peut déborder sur la voie du milieu. Elle plante donc un grand coup de frein, une grande bousculade se fait entendre dans le bus, heureusement la dame au bouquet est partie à l’arrêt précédant.
Maintenant Cunni se met à utiliser le bouton magique. Celui-ci l?che un r?le profond et rauque provenant de dessous le tableau de bord. Le bruit est tellement fort et désagréable de l’intérieur, qu’il donne l’impression que le klaxon est dans le bus et non tourné vers l’extérieur.
Rien à faire, pendant que le groupe qui s’est violemment retrouvé agglutiné à l’avant reprend un peu d’espace et des positions convenables, pendant que Cunni continue d’égosiller sont bus et pendant que la voiture qui bouche la voie continue de boucher la voie jusqu’à ce qu’enfin la sienne se libère, la voiture allemande s’est glissée furtivement dans la voie de Cunni, bien d’autres ont suivies et maintenant on ne l’aper?oit même plus.
Maintenant le klaxon semble agoniser, la voiture s’enlève enfin, et permet au bus de reprendre sa marche ronflante.
Nous arrivons à un nouvel arrêt. Il y a déjà cinq bus devant celui de Cunni, elle joue du klaxon, arrive ce coup ci à déborder sur la gauche et vient se planter la gueule sur la file de droite et la queue encore sur la file du milieu devant tout ces malotrus qui essayaient de l’empêcher de desservir correctement son arrêt.
Quelqu’un me tape sur l’épaule, le caissier me fait signe que je suis arrivé, je ferme mon cahier, range mon stylo et descends. Je ne suis plus qu’à 800 mètres du bureau des visas. |